Société d'Etudes et de Recherche en Santé Publique

La mise en œuvre de la politique de l’exemption de paiement des soins ou gratuité

L’avènement de nouvelles autorités politiques en novembre 2016 à fondamentalement changé les approches au niveau de l’Etat Burkinabè. En effet, par Décret présidentiel N°2016-311/PRES/PM/MS/MATDSI/MINEFID du 29 avril 2016 une politique de gratuité a été instituée. Ce décret précise que l’objectif visé est « l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle et infantile à travers l’élimination progressive de la barrière financière d’accès aux soins sur l’étendue du territoire national ». L’initiative est mise à l’échelle depuis juin 2016 après deux mois d’essai dans trois régions sanitaires dites prioritaires.
Comme précisé dans le décret, l’exemption cible les enfants de moins de cinq ans pour les pathologies essentielles et les femmes enceintes pour l’accouchement et la césarienne de même que les femmes en âge de procréer pour des pathologies spécifiques comme le cancer du sein et celui du col de l’utérus.
De nombreuses interventions sont développées pour assurer la mise en œuvre de cette initiative. Dans ce cadre, le Ministère de la santé a mis en place un dispositif de suivi des performances mais également de monitorage de l’effectivité de la mesure de gratuité dans les formations sanitaires. Plusieurs rencontres bilan sont organisées dont celle de novembre 2016. Le rapport de cette rencontre bilan qui a regroupé tous les acteurs nationaux impliqués dans la mise en œuvre de la gratuité fait ressortir une augmentation notable de l’utilisation des soins curatifs notamment par les enfants de moins de cinq ans ainsi qu’une satisfaction des populations vis-à-vis de la mesure. Mais de nombreux défis apparaissent dans la mise en œuvre. On peut noter entre autres (i) une faible tenue des supports et outils mis en place (ii) des prescriptions non conformes (iii) des ruptures fréquentes en médicaments.
Une enquête auprès de 850 bénéficiaires et 57 agents de santé réalisée par SERSAP pour le CIFOEB, confirme un niveau élevé de satisfaction des populations mais relève au niveau des agents une sous-information sur l’intervention, une ‘surcharge’ de travail selon de nombreux agents de santé, des ruptures récurrentes et systématiques en médicaments et enfin une faiblesse des plateaux techniques qui n’ont pas connu d’amélioration au regard surtout de l’augmentation de la fréquentation. Certaines formations sanitaires connaissent également des retards dans le remboursement des dépenses effectuées au titre de la gratuité.
Commentaires
La mesure de gratuité instaurée à l’échelle nationale apparait digne d’intérêt pour le système de santé et pour l’ensemble des acteurs de développement au plan national. Cet intérêt est lié d’une part au caractère très politique de la mesure et d’autre part au coût que représente une telle intervention ainsi que les effets attendus de la mise en œuvre.
Le bilan indique que malheureusement, la mise en œuvre de cette initiative n’a pas tiré les principaux enseignements des évidences scientifiques déjà connues au Burkina Faso et dans d’autres pays dans la mise en œuvre de l’exemption de paiement des soins. Les problèmes relevés dans le bilan ainsi que dans d’autres études étaient largement connus au moment du lancement de l’initiative en avril 2016. La prise en compte de ces évidences auraient permis d’envisager des mesure d’anticipation plutôt que de chercher à documenter ces problèmes déjà largement documentés. C’est le cas par exemple de la rupture des médicaments, les questions liées à la ‘surcharge’ et à la motivation du personnel, l’implication effective du personnel dans la mise en œuvre de l’initiative, les questions de pérennité etc.
En conclusion, on peut dire qu’à l’instar d’autres politiques publiques de santé, la mise à l’échelle de la gratuité des soins chez les moins de cinq ans et chez les femmes enceintes au Burkina Faso connait des lacunes classiquement documentées et qui concernent les faiblesses conceptuelles. En effet, cette initiative n’a pas mis suffisamment l’accent sur une prise en compte des défis liés à l’intégration d’une telle initiative dans un système de santé qui fonctionne selon ses fonctions classiques.


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